La Dronne cristalline s'est révélée récemment comme présentant une grande particularité : celle d'abriter une des dernières populations de Moules perlière de France et d'Europe !
Ce mollusque bivalve se distingue par une coquille épaisse, allongée en forme de rein. A l'âge adulte, l'épiderme noir recouvrant les coquilles apparaît comme irrégulièrement "rongé" sur le sommet des valves. Elle vit enfouie verticalement dans les cours d'eau rapides aux fonds sableux ou graveleux. Seule la partie supérieure émerge des sédiments.
Comme l'évoquent beaucoup de témoignages anciens, nos rivières hébergeaient, il y a encore un siècle, des quantités gigantesques de moules perlières. Formant de véritables pavages au fond des cours d'eau, elles étaient dans certaines régions et notamment en Périgord Limousin où on en mettait dans la traditionnelle "baccade", données en nourriture aux cochons. Bien plus que les ramassages directs, c'est la dégradation des milieux (canalisation et recalibrage des rivières, barrages, pollution des eaux) qui a fortement contribué à la diminution des effectifs. Selon les spécialistes, les populations auraient régressé d'au moins 99% en à peine un siècle. En fait, la moule perlière ne subsiste plus que dans les cours d'eau restés très proches de leur état naturel.
La Moule perlière peut vivre jusqu'à 200 ans. Bien que la présence de l'espèce soit signalée sur environ quatre-vingt cours d'eau français, seulement quelques uns, comme la Dronne, présentent encore des signes de reproduction ; cette dernière étant impossible lorsque les taux de nitrates dépassent 1mg/l d'eau. Par son cycle biologique, la Moule perlière est strictement dépendante de la bonne santé des populations de Truite fario. Après la fécondation et une fois libérée, la larve doit, pour pouvoir se développer, se fixer sur les branchies d'une truitelle, ou d'un saumon lorsqu'il est présent. Après la métamorphose, les jeunes moules s'enfouissent jusqu'à 50 cm de profondeur où elles vivent entre 2 et 4 ans. A ce stade, elles sont alors particulièrement vulnérables au colmatage du lit qui altère fortement la circulation de l'eau en profondeur.
Si seulement une moule sur mille renferme une perle, qui plus est d'une qualité très médiocre, cette espèce est véritablement "la perle de nos rivières". Menacée d'extinction, la Mulette est aujourd'hui intégralement protégée par la loi en France et en Europe. Au-delà de la sauvegarde d'une espèce, c'est bien d'un enjeu de préservation d'un environnement de qualité qu'il s'agit !